Le rôle de l’imagerie mentale en éducation physique

loicsomersAgrégé en éducation physique, sorti de l’Institut d’Enseignement Supérieur Pédagogique de Nivelles (IESP), Loïc Somers s’intéresse à l’utilisation de l’imagerie mentale dans l’apprentissage d’un geste sportif en milieu scolaire.

Jean-Michel Dufays : Tu es l’auteur d’un travail remarquable sur le plan méthodologique. D’emblée, on est surpris d’apprendre que l’imagerie intervient en éducation physique. Quel est le point de départ de ton investigation ?

Loïc Somers : Mes premiers contacts avec  »le mental » date de la pratique du tennis dans ma petite enfance et ma participation à de nombreuses compétitions où j’ai appris que l’intervention du mental dans la pratique d’un sport avait autant d’importance que la technique. Dans le courant de mes études en éducation physique, j’ai réalisé ensuite une formation en « préparation mentale de sportifs de compétition » : ce fut le point de départ de nombreuses recherches et discussions avec des professionnels pratiquant l’imagerie mentale dans le milieu sportif. J’ai recherché au mieux la manière d’intégrer l’imagerie mentale (imagerie motrice dans le cas d’un mouvement) dans le cadre du cours d’éducation physique en milieu scolaire. De nombreuses possibilités de recherches sont dès lors apparues mais peu d’entres elles ont pu se concrétiser vu le peu de temps dont je disposais pour la réalisation de mon travail de fin d’étude. Différentes enquêtes et « séances-tests » ont été mises en place afin de délimiter le terrain d’application et de cerner au mieux le travail à entreprendre. Le champ d’exploitation de l’imagerie mentale en milieu sportif est assez vaste, ce qui permet, entre autres, de poursuivre ce travail en dehors du cadre de mon mémoire. Aidé dans la réflexion par mon maître de stage, il est vite apparu nécessaire de tester le protocole avec des élèves hors cadre scolaire.

J.-M. D. : Au départ de quel protocole et sur quel groupe as-tu expérimenté ton hypothèse ?

L. S. : Après avoir recueilli l’avis des enseignants, l’avis d’étudiants de 2ème année en éducation physique relatif aux gestes techniques à apprendre, les difficultés perçues et la  possible remédiation, un protocole test a été élaboré pour deux élèves hors du cadre scolaire. Cela m’a permis de me familiariser avec l’outil mais également d’y apporter des ajustements. Le protocole de travail a été conçu, sur mesure, pour des élèves de 3ème secondaire générale. Chaque séance se déroulait selon un canevas bien particulier :

  • échauffement,
  • apprentissage ou correction du geste sportif investigué,
  • relaxation,
  • imagerie mentale et
  • réalisation pratique du geste sportif recherché.

Seule la période de relaxation diminuait au fil des leçons pour la simple raison que les élèves s’habituaient à la procédure et, par conséquent, se concentraient de plus en plus rapidement. Le public cible de cette recherche était constitué d’élèves de 3ème secondaire. Plusieurs raisons m’ont orienté vers ce choix : l’âge, l’avis de mon maître de stage, le nombre d’élèves du groupe classe. L’imagerie mentale ne dévoile tout son potentiel que vers l’âge de douze ans.Mon temps de recherche et de travail étant limité par mes semaines de stage, j’ai opté pour la classe la plus âgée.

J.-M. D. : Quels sont les inconvénients et les avantages de l’imagerie mentale ?

L. S. : Si je peux me permettre, le principal défaut de l’imagerie mentale est de n’être pas suffisamment connue. De ce fait, elle est freinée dans son utilisation suite au manque de connaissances ou par les connaissances erronées. L’imagerie mentale doit être pratiquée régulièrement et souvent avant de présenter des résultats exploitables par les élèves. C’est un travail minutieux et progressif. C’est un procédé assez long à mettre en place, ce qui constitue le principal désavantage. L’utilisation de cette méthode d’apprentissage et de remédiation en milieu scolaire doit être analysée dans sa faisabilité en tenant compte de différents paramètres comme le lieu de la pratique du sport, le temps disponible, le public cible (nombre d’élèves, âge), enfin le geste technique à apprendre. Cette démarche en amont du cours prend du temps et ne peut empêcher l’utilisation du protocole d’imagerie mentale en milieu scolaire.

Cependant, dès que les élèves ont intégré le processus de travail, nous pouvons travailler l’imagerie mentale dans tous les sports enseignés et même dans la vie courante. En termes plus concrets,  après quelques séances plus efficientes d’entraînement à la gestion du stress, l’imagerie mentale peut permettre une concentration accrue et une faculté à travailler, avec plus de précision, les défauts rencontrés.

J.-M. D. : Quels prolongements envisages-tu à ta recherche ?

L. S. : J’aimerais pouvoir exploiter un protocole d’imagerie mentale lors d’apprentissages d’autres gestes sportifs au cours d’éducation physique. Il serait intéressant de se focaliser sur les erreurs du geste technique avec comme seul moyen de remédiation l’imagerie mentale. Des élèves ayant l’habitude de pratiquer l’imagerie mentale seraient capables de s’auto-corriger, voire de corriger leurs condisciples. Un résultat aussi probant demande certainement des mois si pas des années de pratique. Toutefois, quand je reprends les résultats obtenus dans mon travail de fin d’étude, je pense que cette méthode n’est pas suffisamment exploitée et que des résultats encourageants peuvent être obtenus.

Il serait également intéressant d’expérimenter cette méthode avec des élèves plus jeunes. Avec une adaptation du protocole dans sa partie  »relaxation », cela devrait être possible. Cette méthode pourrait faire l’objet de réflexion au sein d’une équipe pédagogique en terme d’outils de gestion des élèves en difficulté de gestion du comportement. Mon stage en enseignement spécialisé m’a appris que la majorité des élèves de type 3, considérés comme difficiles sont des élèves angoissés. La gestion du stress et l’augmentation des facultés de concentration sont des domaines d’application de l’imagerie mentale. Pourquoi ne pas explorer ce champ d’ application ?

Actuellement, je donne des cours de tennis et de natation à des enfants et aussi à des adolescents. Cela me permet de poursuivre l’apprentissage des gestes sportifs par l’imagerie mentale lorsque je leur demande de faire le geste  »à blanc ». L’imagerie mentale est un domaine passionnant et nous ne sommes qu’au début de l’apport des connaissances des neurosciences. Je suis actuellement une formation en sophrologie, ce qui va aussi m’enrichir dans ce domaine et me former davantage à la relaxation.

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